Éducation Équilibrée et Inclusive

Transdisciplinarité

Approche intégratrice multi-perspective basée sur l’interconnexion des domaines de connaissances académiques et non-académiques pour une compréhension complexe et holistique du monde.

Dans Repenser l’éducation : Vers un bien commun mondial ?, p.33, publié par l’UNESCO en 2015, la finalité de l’éducation au XXIe siècle est présentée comme étant indissociable des défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés et de l’impératif de transformer nos sociétés pour parvenir à un développement durable :

« Il est, par conséquent, nécessaire de reconsidérer la finalité de l’éducation à la lumière d’une vision repensée d’un développement humain et social durable qui soit à la fois équitable et viable. Cette vision de la durabilité doit intégrer les dimensions sociales, environnementales et économiques du développement humain et les différentes façons dont elles s’articulent avec l’éducation : « Une éducation est autonomisante si elle renforce les ressources humaines dont nous avons besoin pour être productif, continuer à apprendre, résoudre des problèmes, faire preuve de créativité et vivre en paix et en harmonie, ensemble et avec la nature. Lorsque les nations garantissent l’accès de tous et tout au long de leur vie à une éducation comme celle-ci, une révolution silencieuse se met en marche :  » l’éducation devient le moteur du développement durable et le chemin conduisant à un monde meilleur. » L’éducation peut, et doit, contribuer à une vision nouvelle du développement durable dans le monde. »

UNESCO

Les racines du système éducatif moderne revêtent une importance particulière. Conçue dans le contexte de la révolution industrielle, avec la mise en place de lois sur la scolarité obligatoire tout au long du XIXe siècle,

« L’éducation de masse était la machine ingénieuse construite par l’industrialisme en vue de produire le type d’adultes dont il avait besoin. […] La solution était un système éducatif qui, dans sa structure même, simulait ce nouveau monde. Ce système n’est pas apparu instantanément. Aujourd’hui encore, il conserve des vestiges de la société préindustrielle. […] Toute la hiérarchie administrative de l’enseignement, au fur et à mesure qu’elle se développait, suivait le modèle de la bureaucratie industrielle. L’organisation même du savoir en disciplines permanentes était fondée sur des hypothèses industrielles. […] La vie interne de l’école devint ainsi un miroir anticipateur, une introduction parfaite à la société industrielle. »

UNESCO

Cet héritage doit être pris en compte si l’on veut réorienter l’éducation au service du développement durable et d’une vision humaniste de l’avenir. Comme l’a relevé A. Toffler, l’un de ces héritages est l’organisation de la connaissance en disciplines permanentes et séparées – mathématiques, philosophie, histoire, biologie, physique, littérature… Les défis globaux auxquels le monde est confronté au XXIe siècle, du changement climatique à la pauvreté persistante, ne peuvent être relevés par des moyens monodisciplinaires, dans la mesure où « tous les grands thèmes sont polydisciplinaires » de par leur nature. La forme disciplinaire de l’éducation dans le contexte de l’impératif du développement durable est donc elle-même non durable.

C’est dans cette logique que la transdiscplinarité, en tant qu’approche de l’éducation, apparaît comme une nécessité pour le développement durable. L’approche disciplinaire de l’éducation est efficace dans la production d’une hyperspécialisation, mais le coût de cette efficacité est une forme d’intelligence aveugle, incapable d’intégrer les domaines de connaissance dans un ensemble cohérent.86 Cette approche ne doit cependant pas être confondue avec l’antidisciplinarité ni réduite à l’interdisciplinarité. Il s’agit plutôt d’une organisation et d’une production de savoirs entre, à travers et au-delà des disciplines, fournissant un cadre dans lequel le « potentiel de rendre les connaissances produites de plus en plus pertinentes dans l’analyse des défis mondiaux urgents ».

Avec le développement continu de la révolution technologique contemporaine, le monde connaît une transformation sans précédent. Cela a conduit de nombreuses parties prenantes, tous secteurs confondus, à annoncer l’émergence, si ce n’est déjà le cas, d’une quatrième révolution industrielle. Celle-ci présente trois caractéristiques distinctes :

  • 1
    Vélocité
    À la différence des révolutions industrielles précédentes, celle-ci évolue à un rythme exponentiel plutôt que linéaire. Cette évolution découle du monde multiforme et profondément interconnecté dans lequel nous vivons et du fait que les nouvelles technologies en engendrent d’autres, toujours plus performantes.
  • 2
    Ampleur et extension
    Elle a pour fondement la révolution numérique et combine de multiples technologies conduisant à des changements de paradigme sans précédent dans l’économie, les entreprises, la société et au niveau de l’individu. Elle modifie non seulement le « quoi » et le « comment » des choses, mais aussi « qui » nous sommes.
  • 3
    Impact des systèmes
    Cette approche implique la transformation de systèmes entiers, à l’échelle (et au sein) des pays, des entreprises, des secteurs d’activité et de la société dans son ensemble.

Le monde serait donc — et, dans une large mesure, l’est déjà — restructuré et façonné par des forces perturbatrices qui transformeront de façon radicale, non seulement nos modes de vie, mais aussi notre propre existence. En supposant que la quatrième révolution industrielle ne soit pas entravée, les systèmes éducatifs seront désormais tenus de se développer :

La capacité à effectuer des analyses et à trouver des solutions complexes. Par exemple :

L'essor et la diffusion des systèmes autonomes d'intelligence artificielle (IA), avec le risque d'instanciation perverse90, transforment certains dilemmes philosophiques qui, jusqu'à présent, étaient considérés comme de simples expériences de pensée, en réalités imminentes qu'il va falloir résoudre. Le cas des voitures autonomes est particulièrement éloquent : malgré l'intelligence artificielle, sous le capot des voitures autonomes se cache une programmation complexe réalisée par des programmeurs humains. Bien que la réduction des accidents soit l'une des principales raisons d'être des voitures autonomes, ces programmeurs doivent fournir des instructions à la voiture autonome en cas d'accident inévitable, même si le fait est rare. Le consensus semble être de programmer la voiture de manière à minimiser le nombre de victimes. En d'autres termes, si un bus à conduite autonome et une voiture à conduite autonome devaient entrer en collision, la voiture à conduite autonome serait, le cas échéant, sacrifiée. À première vue, cela semble raisonnable. Mais comme le démontre le problème du chariot, d'abord exposé par Philippa Foot, puis repris et révisé à l'infini, le principe peut s'avérer plus difficile à concrétiser qu'on ne le pensait au départ. Il s'agit d'un exemple minuscule, mais concret, où des disciplines, qui sont actuellement séparées dans l'éducation contemporaine, convergent dans une réalité complexe, nécessitant une approche transdisciplinaire.

Préparation aux forces perturbatrices et aux transformations qui façonnent l'avenir. Par exemple :

Dans le cas des voitures autonomes, si cette innovation se concrétise, il faut s'attendre à ce que de nombreuses industries disparaissent ou soient complètement transformées, avec leurs propres conséquences, des services de taxi-chauffeur à l'assurance, en passant par la loi (qui est tenu responsable d'un accident causé par une voiture autonome et qui est fautif ?).

Dans le cas de l’intelligence artificielle en général, non seulement de nombreuses carrières prévisibles disparaîtraient ou devraient être tellement modifiées qu’il s’agirait en fait de carrières entièrement différentes, mais aussi de nombreuses perspectives de carrière que nous supposerions souhaitables dans un tel avenir pourraient en fait devenir obsolètes — il convient de noter que les fondements primitifs de base permettant à l’intelligence artificielle d’être capable d’écrire elle-même des programmes sont déjà disponibles.

Ces deux exigences rendent d’autant plus urgente la nécessité d’une éducation transdisciplinaire. La première exigence ne peut, une fois encore, être satisfaite que par une approche capable de percevoir et d’appréhender le monde et la réalité dans leur globalité et leur complexité, y compris l’incertitude, et de comprendre la nature perpétuelle de tout ce qui relève de ces interactions. La seconde exigence souligne encore l’importance de l’éducation transdisciplinaire, dans la mesure où il ne s’agit pas simplement d’une transmission plus complète d’informations et de connaissances. Il s’agit surtout de développer un état d’esprit transdisciplinaire, une pensée complexe capable d’établir des liens entre les domaines de connaissances académiques et non académiques en relation avec un monde complexe et, peut-être, en voie de complexification. Cette démarche est particulièrement fondamentale pour toute éducation à l’avenir, puisque les systèmes éducatifs ont toujours été incapables, de manière inévitable, de prévoir les transformations du marché du travail et de s’y préparer, cherchant perpétuellement à rattraper le retard pris dans ce domaine. En d’autres termes, outre le fait qu’elle permet d’analyser le monde dans toute sa complexité et les ramifications de l’inter-rétroactivité perpétuelle, une éducation transdisciplinaire ne tente pas une vaine poursuite d’une transformation toujours plus rapide du monde mais, au contraire, permet et développe une compétence intrinsèque d’adaptabilité.

De :
En passant par :
À :

La pluridisciplinarité : l’enseignement est élaboré par des spécialistes de l’éducation et se compose de différentes matières enseignées côte à côte dans des classes différentes.

L’interdisciplinarité : l’enseignement est élaboré par des spécialistes de diverses disciplines. Les programmes d’enseignement tentent de surmonter les barrières entre les matières.

La transdisciplinarité : l’enseignement est élaboré à la fois par des spécialistes et des non-spécialistes. Les programmes reflètent les besoins et les aspirations de la société en matière d’éducation, en dépassant les limites des disciplines académiques.

Il est essentiel de rappeler qu’une éducation transdisciplinaire n’est pas anti-disciplinaire. Son approche de la production de connaissances entre, à travers et au-delà des disciplines implique l’existence et l’exigence de disciplines, ainsi que de domaines de connaissances non académiques. Les disciplines subsisteront – c’est l’approche qu’on en a qui doit changer.

Les quatre Piliers de
l’Éducation Équilibrée et Inclusive (BIE)

Approche fondée sur l’amélioration de la compréhension de l’inter-enrichissement et de l’interdépendance des cultures

Approche intégrative, multiperspective, basée sur l’interconnexion des domaines de connaissances académiques et non académiques

Approche interactionnelle et synergique fondée sur un dialogue posant des problèmes, et un échange critique grâce à la participation proactive des apprenants

Approche centrée sur le contexte et basée sur l’intégration et l’adaptation aux réalités, aux valeurs et aux cadres d’interprétation des apprenants, déstiné à développer un sentiment de copropriété et de cocréation

Plan stratégique 2023 - 2030

Programme
2023 - 2024

Déclaration universelle de l'éducation équilibrée et inclusive

Guide global d'éthique, de principes, de politiques et de pratiques en matière d'EEI

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