Un nouveau départ – pour l’éducation et au-delà

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Par : S.E. Manssour Bin Mussallam, Secrétaire général de l’Organisation de Coopération du Sud (OCS).

Janvier est toujours un mois très particulier.

Ce mois marque un nouveau départ et pourtant, malgré nos adieux au mois de décembre, une fois que les célébrations ont fait place au silence, nous ne semblons jamais tout à fait repartir à nouveau — que ce soit dû au fait que nous nous surprenons encore à écrire inconsciemment le dernier chiffre de l’année précédente lorsque nous datons des documents, ou au fait que nous nous rendons progressivement compte que nos résolutions pour la nouvelle année sont beaucoup plus difficiles à mettre en œuvre que nous ne l’avions pensé au départ.

La fin du mois de janvier est bien plus particulière.

Un mois après nos courageux nouveaux départs, à travers la clameur des occupations humaines et les exigences de la vie, nos résolutions pour la nouvelle année ont disparu depuis longtemps, cédant la place à nos vieilles habitudes qui ont impertubablement repris le terrain d’où elles avaient été délogées, et nous voilà qui commençons bientôt à attendre avec impatience l’espoir d’un nouveau départ que nous espérons pour le début de l’année suivante. A l’aube du mois de février, par le plus humain des paradoxes, nous n’avons ni cédé à l’ancien, ni pris la décision d’embrasser le nouveau — le confort de l’apathie semble bien nous convenir après tout.

Lorsqu’il s’agit d’éducation et, plus encore, de développement — puisque les conférences se sont succédé au fil des ans, et que les déclarations n’ont cessé de renaître des cendres des précendentes — il semble que nous ayons collectivement oscillé dans un cercle perpétuelle, entre le début et la fin du mois de janvier, février demeurant une terre promise sur laquelle nous ne débarquons véritablement jamais.

C’est peut-être parce qu’il n’existe pas de nouveau départ, car, avec ironie, le passé se refuse de mourir. Ou, serait-ce, parce que nous sommes, même si nous sommes convaincus du contraire, trop attachés au passé pour vraiment le laisser partir ? Comme le dit l’adage « Mieux vaut un mal connu qu’un bien qui reste à connaître ».

Un autre diagnostic probable en serait que nous avons simplement besoin d’un rappel en douceur, sans la pression d’un changement d’année à minuit, et d’une tendre poussée vers les rives du nouveau.

Cette dernière conclusion, en tout cas, a été la noble motivation qui a poussé l’Assemblée générale des États Membres et Membres Associés de l’Organisation de Coopération du Sud (OCS) à proclamer en décembre 2021 par une résolution de l’Assemblée, la date du 29 janvier Journée Internationale de l’Éducation Équilibrée et Inclusive (IDBIE).

Cette célébration annuelle ne devrait pas donner lieu à une réjouissance animée par l’effervescence débordante d’un optimisme excessif, ni à une commisération propre aux vaincus ou à ceux qui démissionnent sans même avoir livré bataille. Que Non, l’IDBIE est pour nous l’occasion de faire collectivement le point sur nos avancées et de reconnaître en toute objectivité où nos efforts ont été vains (le rappel à l’ordre), et à partir de ce bilan, engager une véritable discussion et un dialogue, gage de notre engagement et de notre volonté à remédier à nos lacunes (le coup de pouce).

En fait, l’image même de l’Éducation Équilibrée et Inclusive (EEI).

En tant que vision transformatrice adoptée par des dirigeants et des organisations du Sud le 29 janvier 2020, sous la forme de la Déclaration Universelle de l’Éducation Équilibrée et Inclusive, le concept d’Éducation Équilibrée et Inclusive (BIE, selon l’acronyme anglais) n’accepte pas de se contenter du « suffisamment bon » tel qu’imposé par les réalités de ces dernières années, pas plus qu’il ne cherche à se débarrasser des réalités de notre passé, dont il tient dûment et respectueusement compte. En effet, selon les termes mêmes de la Déclaration, « l’Humanité est façonnée et guidée par son histoire conflictuelle, mais son avenir n’est ni condamné ni prédéterminé par son passé » ;

En tant que paradigme, l’Éducation equilibrée et inclusive reconnaît le paradoxe (encore un) de l’éducation : elle est à la fois porteuse de la promesse d’un avenir meilleur et, dans le présent, une matrice reproduisant à échelle industrielle nos sociétés avec toutes leurs injustices et leurs inégalités. Le potentiel de transformation de l’éducation, affirme-t-elle, et fort légitimement, n’est confirmé que lorsqu’elle (l’éducation) est elle-même transformée.

En tant que cadre conceptuel et technique, le concept de la BIE nous fournit les outils nécessaires pour bâtir l’éducation dont nous avons besoin, si nous voulons façonner l’avenir que nous voulons. Et cette éducation dont nous avons besoin est une éducation qui prend en compte nos cultures, nos identités et nos expériences — ce que nous sommes en tant que peuples et individus, ainsi que notre interdépendance millénaire avec le reste de l’humanité — afin que nous puissions devenir ce que nous nous efforçons d’être ; une éducation qui nous prépare à la complexité de la réalité (et non une éducation qui transmet des connaissances fragmentées par le biais de disciplines cloisonnées, fragmentant par conséquent notre compréhension du monde) afin que nous puissions transformer cette réalité ; une formation qui confère aux éducateurs et aux apprenants leur vocation humaniste (et non une formation qui déshumanise les uns (éducateurs) en les transformant en instruments obsolètes de partage de la connaissance, et les autres (apprenants) en réceptacles vides à remplir de faits et de données froides, afin que nous puissions tous contribuer véritablement à la reconstruction continue de la société ; qui s’adapte à nos impératifs planétaires, à nos priorités nationales, à nos réalités locales et à nos aspirations individuelles — et non une éducation qui nous aliène en imposant sans discernement un modèle unique — afin que nous puissions ensemble aller de l’avant différemment, mais ensemble.

Enfin, en tant que construction collective, le concept de la BIE exige que nous nous émancipions, non seulement du statu quo hérité, mais aussi de ses initiatives cloisonnées. Elle (la BIE) reconnaît qu’au niveau national, parler d’éducation, c’est parler de santé, d’économie, de cohésion sociale, de tout ce qui est lié au fait de vivre en société et de faire société. Au niveau international, elle exige un multilatéralisme revisité et dynamique, mû par un esprit d’égalité (entre les parties), d’équité (dans leurs relations) et de solidarité (plutôt que de charité). En somme, la BIE constitue, dans un attachement indéfectible à la dimension humaine de nos idéaux universels, un engagement résolu à remettre l’Humanité à sa juste place au centre de toutes nos initiatives collectives et individuelles.

En d’autres termes, l’Éducation Équilibrée et Inclusive est — et je n’ai pas honte de l’écrire — une initiative révolutionnaire des pays du Sud qui, guidés par les nobles aspirations de leurs peuples, ont fondé et trouvé en l’OCS leur instrument commun et solidaire.

C’est pourquoi, en cette Journée internationale pour une Éducation Équilibrée et Inclusive, alors que les gouvernements, les organisations de la société civile, les mouvements de jeunesse et les communautés se réunissent pour renouveler leur engagement en faveur de cette initiative humaniste, nous sommes pleinement conscients que la révolution ce n’est pas tout ce qui a déjà été réalisé — aussi impressionnant et noble que cela puisse être — mais tout ce qu’il reste à accomplir.

Car c’est nous qui menons l’effort multilatéral, et l’OCS n’en est que la plate-forme et l’instrument qui doit permettre de passer du somnambulisme planétaire à un avenir qui semble aussi éloigné de nos aspirations que sombre dans ses promesses, à un avenir qui annonce une Troisième Voie de Développement, matérialisant ainsi l’avenir que nous voulons et que nous méritons. En fin, nous avons le choix entre façonner l’avenir ou nous laisser façonner passivement par lui.

Le choix est clair : nous devons collectivement faire en sorte que ce 29 janvier marque un véritable nouveau départ, pour l’éducation et au-delà.

**Le Cheikh Manssour Bin Mussallam est le Secrétaire général de l’Organisation de Coopération du Sud (OCS), une organisation intergouvernementale internationale fondée par les pays du Sud (Amérique latine, Caraïbes, Afrique, Asie, Moyen-Orient et îles du Pacifique) en janvier 2020. L’objectif de l’OCS est de contribuer à la transformation sociale équitable, juste et prospère des sociétés, à travers une éducation équilibrée et inclusive, afin de traduire dans les faits les droits fondamentaux à la liberté, à la justice, à la dignité, à la durabilité, à la cohésion sociale et à la sécurité matérielle et immatérielle pour les peuples du monde.

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